Mediaterra


AMAF  Belgique

Association des Media Africain de Belgique

Présentation

Avant-projet du congrès sur la presse.

 

1. Introduction - Méthodologie appliquée pour produire le présent document.

 

En réécoutant attentivement les différentes interventions des 6 participants  de l’émission Africana[1] du jeudi 01/02/2007 sur les Médias Congolais de Belgique, nous avons tiré un premier document qui reprenait presque mot à mot les points de vue exprimés. Puis nous avons interprété ces points de vue pour dégager un second puis un troisième document, celui-ci, qui en fait une sorte de synthèse revue et corrigée. Cette dernière nous permet de faire quelques commentaires et de repérer quelques thèmes ou sous-thèmes d’un probable futur congrès.

 

2. Deux exemples à l’appui des discussions.

 

Exemple 1 : Attitude des médias belges lors de l’élection présidentielle de 2006 en RDC.

 

De l’avis des participants, l’attitude des médias belges lors de l’élection présidentielle de juillet et octobre 2006 en RDC peut se ramener essentiellement à :

-         une certaine volonté d’orienter la sympathie de l’opinion vers le favori choisi par quelques officiels belges ;

-         une différence nette de regards selon que l’on est francophone ou néerlandophone. Les médias francophones tels que Le Soir, La Libre Belgique, Metro, RTL, RTBF1,…observés entre juin et novembre 2006 se sont montrés plus qu’intéressés. Ceux néerlandophones laissaient cependant entendre d’autres sons de cloche de temps à autre.




 

Exemple 2 : Autre attitude des médias belges lors de l’émission fiction de la RTBF1.

 

Les participants ont relevé une autre attitude curieuse des médias belges après la diffusion du documentaire fiction sur l’éclatement de la Belgique. Aucun d’eux n’a osé relever dans ses commentaires l’étrange scénario du roi Albert II se réfugiant en RDC sans avoir reçu une quelconque autorisation préalable d’y aller. Est-ce une façon pour les médias belges de considérer le Congo comme une dépendance annexe de la Belgique ?

 

3. Constat sur le rôle des médias belges

 

Selon les participants, les médias belges émettent des messages pour leur public cible, le public belge. Ils déplorent que ces médias:

- s’accaparent du pouvoir des médias pour orienter l’opinion en fonction de la politique officielle;

- s’arrogent des fois le droit de parler à la place d’une population donnée.

 

Ils estiment qu’il s’agit là, ni plus ni moins, que de la désinformation. Celle-ci ne cessera pas tant que le public congolais ne protestera pas contre, ni n’interpellera.

 

 

4. Rôle du journaliste et des médias congolais

 

Les participants estiment que les médias congolais ont le devoir de bien informer leurs compatriotes.

 

Le travail du journaliste est, ont-ils rappelé, d’informer le plus impartialement possible. Pas de confusion avec le travail d’un porte-parole de parti politique ou d’attaché de presse des hommes politiques ; donner l’information telle qu’elle est.

 

 

5. Constat sur le rôle des médias congolais

 

Les participants ont émis plusieurs points de vue sur leur considération de l’espace audiovisuel congolais. Pour la composante radiophonique, ils ont relevé des possibilités d’accès très limitées à travers les trois radios – Radio-Campus ULB, radio Air Libre et Radio Panik – où se font des émissions dédiées au public congolais avec à peine 21 heures d’antenne par semaine pour l’ensemble. Pour la composante presse quotidienne ou magazines, il y a des journaux très éphémères qui apparaissent et disparaissent sans qu’ils aient eu le temps de faire leurs preuves. Pour la composante télévision, il n’y a presque pas de visibilité faute d’accès aux télés privées ou publiques à forte audience. Une consolation vient cependant du côté de l’Internet où les congolais sont de plus en plus présents avec des initiatives en plein essor. Cette presse congolaise en ligne est d’autant plus importante qu’elle canalise des revendications susceptibles de censure ou d’embargo dans les autres médias.

Tout n’est pas toujours beau dans les médias congolais existants où l’on déplore malgré tout des faillites ou des défaillances. Notamment dans :

-         le refus, l’abstention ou l’incapacité de peser dans un rapport de forces entre, d’une part, ceux qui veulent manipuler l’information sur le Congo et les Congolais, et, de l’autre, ceux qui veulent la traiter ou la présenter selon les règles ;

-         l’absence des critiques de journalistes africains ou congolais même sur des sujets impliquant directement leurs pays ;

-         l’absence de rencontres entre journalistes professionnels ou indépendants africains ou congolais pour débattre des médias en général et des leurs en particulier.

 

 

6. Recommandations.

 

Eu égard à ce qui précède, les participants pensent qu’il y a lieu, entre autres :

 

d’inviter les congolais à prendre la parole pour bien informer sur ce qui se passe au Congo où, par exemple, la corruption l’emporte jusqu’ici sur les règles de bonne gouvernance et où les élections n’ont pas vraiment répondu aux attentes;

 

d’opérer une restructuration de l’information en fonction de la présence de plus en plus croissante des populations africaines en général et, en particulier, congolaises, en Belgique ;

 

d’inciter le public congolais, par médias interposés, à installer un rapport de force entre d’une part, la logique du rapport de dominant à dominé, de paternalisme et de l’autre, le souci de rééquilibrer l’information, de bien informer, d’arracher la liberté de la parole ;

 

de travailler en commun pour la mise en place de médias sains ;

 

de développer davantage la presse en ligne (radios, télévisions, ou journaux) qui accorde en outre des fortes capacités pour l’archivage ;

 

de s’inspirer des expériences tentées en France dans le domaine des radios communautaires ;

 

de s’organiser , d’arrêter de se faire fragiliser, en prévenant toute velleité de la part de toute personne physique ou morale de se prévaloir d’un quelconque mandat de représentation des médias congolais auprès des instances politiques. La charte internationale des journalistes interdit d’ailleurs pareille attitude ;

 

de s’habituer à consulter les archives sur le Congo et les Congolais pour traiter des sujets les concernant en connaissance de causes.

 

7. Quelques urgences à court terme.

 

Les participants estiment qu’il revient aux médias congolais d’agir dans l’urgence pour la reprise en main de l’initiative d’informer sur le Congo et les congolais ; c’est même une responsabilité à assumer. A ce titre, il faut :

-         faire l’état des lieux des médias congolais ;

-         multiplier des initiatives (par exemple, pousser des journalistes congolais à produire des articles analytiques de fonds bien documentés et argumentés pour faire taire les fameux "specialistes"[2], …) ;

-         interpeller les autorités belges ;

-         rechercher la part de l’Etat belge dans des initiatives existantes du genre Radio-Campus, Radio Air Libre, Radio Panik, … ;

-         relancer le projet d’une télé du Sud abandonné ;

-         dénoncer les anomalies que nous vivons au quotidien (racisme, obstruction à l’emploi, exclusion, …) ;

-         s’efforcer d’avoir des représentants dans les instances qui s’occupent de la presse ;

-         faire prendre conscience du poids de la presse sur l’orientation de l’opinion, … .

 

 

8. Conclusions.

 

Quel est le rôle du journaliste ?

Les attentes que l’on peut avoir du journaliste ne dépendent pas de sa personne. Il est tenu de bien informer, d’informer impartialement, d’informer tels que les faits se présentent.

Il se pose déjà un problème, celui de l’objectivité du journaliste.

 

Quand le journaliste n’est pas objectif, n’est pas impartial, que peut-il arriver ?

Sans aucun doute une certaine canalisation de l’opinion atteinte vers une certaine optique souhaitée ou accidentelle. Les porte-parole des partis politiques ou les attachés de presse recherchent souvent ce genre d’effets pervers. Ils peuvent d’ailleurs l’obtenir en se faisant relayer par des journalistes. Livrer des informations non objectives est une responsabilité que doit porter le journaliste qui se prête à ce jeu. Par ailleurs, refuser de céder à de telles tentations peut aussi exposer le journaliste à des animosités certaines pouvant aller jusqu’à des attentats. Quoi qu’il en soit, l’attitude du journaliste relève d’un choix personnel de celui-ci d’endosser la responsabilité d’autrui ou d’assumer la sienne propre. On peut ici penser au choix de la responsabilité qu’un journaliste veut assumer.

 

Les journalistes ont-ils vraiment intérêt à faire du bon travail ?

A coup sûr, oui ! Car, à la longue, ils finiront par avoir une signature qui s’impose dans tous les milieux.

 

Que faut-il retenir des médias belges ?

Si les médias belges ont leur public cible, ils touchent aussi un autre public qui n’est pas à première vue leur cible : le public belgo-africain si pas belgo-congolais. Ils s’y prennent mal car le belge se retrouve mal informé à cause de la partialité tant sur l’Afrique, le Congo que sur la Belgique elle-même. Plus grave, ces médias osent arracher la parole aux congolais ou belgo-congolais pour parler en leurs lieux et places.

 Donc, pour les médias belges, on peut retenir qu’il y a deux publics cibles mais un seul effet souhaité : l’orientation de l’opinion selon les attentes des décideurs politiques moins visibles.

 

Que faut-il  retenir des médias congolais ?

Les médias congolais existant en Belgique semblent avoir un public cible, les belgo-africains et les africains. Forts de ceci, ils peuvent rééquilibrer l’information véhiculée sur leur public cible en se réappropriant la parole volée à leur communauté par les médias belges pour corriger en même temps l’image présentée à l’opinion belge.

Donc, pour les médias congolais on peut avancer qu’il y a un public cible mais un double effet attendu tant sur le public autochtone qu’allochtone.

 

D’où la question : qui doit parler au public africain des problèmes le touchant directement sur des faits s’étant produits en Afrique ou en Belgique ? Et avec quel degré d’objectivité ? de sérieux ?

 

Justement, pour rendre un travail sérieux, il faut disposer de bonnes sources. Les archives sur le Congo en sont déjà.

 

Pour conscientiser, le journaliste doit jouir lui-même d’une certaine dose de crédibilité auprès de son public. Est-ce le cas pour le moment ? Comment jouir d’un ascendant moral sur l’opinion ?

 

Se tourner le pouce et ne rien faire ne rapportera à coup sûr rien. Il faut commencer quelque part par quelque chose. L’idée d’une sorte des états généraux des médias congolais de Belgique semble être la meilleure voie jusqu’ici. Comment tenir ces états généraux ? Avec qui ? Avec quels moyens matériels et financiers ? Avec quels thèmes ? A quelle(s) date(s) ? Et où ?

 

En attendant, des séminaires peuvent déjà se tenir sur des thèmes choisis pour gagner du temps par rapport au congrès proprement dit.

 

Quelques thèmes ou sous-thèmes.

 

Le rôle du journaliste (aspects déontologiques).

Le journaliste veut-il bien informer ? Veut-il garder une certaine distance vis-à-vis d’éventuelles pressions ou sollicitations ?

 

Identification du public cible.

Quel est le public cible des médias belges ?

Quel est le public cible des médias congolais de Belgique ?

 

Identification des effets des médias.

Quel est l’impact des médias belges sur le public belge ? le public africain ?

Quel est l’impact des médias congolais sur le public congolais ? africain ? belge ?

 

Conscientisation des masses.

Le journaliste est-il assez crédible pour sensibiliser son opinion ?

Ne pourrait-il pas être lui-même tenté de manipuler son public ?

 

Encadrement des médias.

Quelle structure est à même de réguler les comportements des gens des médias congolais de Belgique ?

Quelles sont les règles au niveau international ? Quelles structures existent à ce niveau ?

 

Viabilité (fiabilité ??) des médias.

Quelle structure économique, juridique, administrative, …, faut-il pour permettre à un journaliste d’agir sans avilir sa profession ?

Quelles sont les règles, par exemple, de couverture des événements ? Faut-il livrer le journaliste au "coupage" ? Faut-il suspendre l’exercice du travail d’un journaliste à la signature d’un ministre ? Quelles sont les règles d’accréditation des journalistes à un poste, à une tâche, … ?

 

Rapport des médias avec le pôle associatif.

Quel peut être le rapport entre les médias congolais de Belgique et le monde associatif ?

Quelles sont les règles au niveau international ? Quelles structures existent à ce niveau ?

 

Relève au sein des médias congolais.

Y a-t-il assez des jeunes gens intéressés à œuvrer au sein des médias congolais de Belgique ?

S’efforce-t-on assez de les décomplexer ? de flatter leur curiosité ?

 

Financement des médias.

Faut-il s’appuyer presque exclusivement sur la publicité (cf. expérience du journal Mamboleo) ?

Faut-il penser au sponsoring (cf. journal sur le Sénégal sponsorisé par Western Union/Italie) ?

 

 

Analyse des comportements.

Comment se comportent les médias congolais sur des sujets censés les intéresser ?

Répondent-ils aux attentes de leur public ? Devancent-ils  les médias tiers ?

Que fait le public africain ou congolais pour ne pas subir indéfiniment des traitements non satisfaisants des informations les concernant ?

Qui peut faire bouger les pouvoirs publics belges sur les questions concernant les médias congolais ? Faut-il passer par eux ?

Que font les mandataires publics belgo-africains pour encadrer ou faire des suggestions aux médias congolais ?

Peut-on confondre médias congolais et médias africains ?

 

                                                                                                         Le rapporteur,

                                                                                                                   J.P.KANDO T.M.

                                                                                                    Journaliste indépendant  Collaborateur de Africana


[1] Radio-Campus/ULB 107.2 FM à Bruxelles chaque jeudi soir de 19h30 à 21h30 ou sur le net via :

-          www.ulb.ac.be/radio-campus

-          www.mediaterra.be/africana.htm

[2] A titre d’exemples non exhaustifs, le blog Cheikfitanews, le site Congoforum, …